De Douala à Zürich ou le parcours d’un hockeyeur d’origine africaine en Suisse!

« Je lui dirais qu´il faut travailler, qu´il ne faut pas s´arrêter à de simples barrières comme se dire par exemple ce n´est pas pour moi, j´y arriverai pas. » La détermination dans toute chose nous apporte toujours des fruits. C´est ce qui a amené ce jeune gamin parti de son Douala natal pour la Suisse à pratiquer ce « sport des Blancs » et d´en faire aujourd´hui son gagne-pain. Votre magazine Afrique Opinion est allé vers Dave Sutter creuser dans sa vie, son expérience, sa passion. Les lignes qui suivent nous disent un peu plus sur ce passionné de la glace.

 

 

Bonjour Dave, pouvez-vous nous parler de vous ?
Dave Sutter c´est un petit gars qui est né à Douala au Cameroun et qui est arrivé en Europe et en Suisse plus précisément à l´âge de 4 ans. Et après cela, j´ai fait mon parcours dans le sport, j´ai commencé par le football et ensuite j´ai fait du hockey. Je suis tombé amoureux du Hockey sur glace, un sport qui n´est pas commun dans mon pays d´origine et aujourd´hui j´en fait mon métier heureusement pour moi. Maintenant ça fait environ 7 ans que je suis professionnel dans ce sport. J´habite à Zürich, tout ça grâce à ce sport, j´ai aussi eu beaucoup d´occasion de voyager. C´est un sport qui m´a permis de m´améliorer en tant que personne, en tant qu´athlète.

Comment en êtes-vous arrivé à jouer dans ce grand club de Hockey sur glace qu´est le ZSC Lions, sacré 9 fois champions de Suisse ?
Vous savez, j´ai eu pas mal d´étapes dans ma vie, des bons comme des mauvais moments et heureusement pour moi dès que j´ai pu arriver en ligue nationale A qui est la meilleure ligue de Suisse, je suis tombé sur des gens qui ont eu confiance en moi, qui m´ont donné une visibilité et la chance de me faire voir et grâce à ça j´ai pu montrer de quoi je suis capable. Cela a intéressé le ZSC Lions qui est venu assez tôt me contacter puis ça s´est fait. Et heureusement pour moi dès la première année on a pu remporter ce titre de champion de Suisse. Ceci était aussi un objectif pour moi,  c´était d´ailleurs la raison pour laquelle j’étais parti de mon ancien club. J´avais envie de me prouver à moi-même que je pouvais aussi être champion, ça s´est fait et j´en garde un bon souvenir.

Parlez-nous de votre intégration au sein de cette équipe.
Oui cela a été spécial tout de suite parce qu´à la base on est francophone, quand on joue dans des clubs francophones en Suisse c´était assez facile et ça c´est vrai que t´arrives dans un club où il y a cette barrière de langue avec l´allemand, le suisse-allemand, ça n’était pas évident. Mais heureusement pour moi vu que j´avais déjà fait mon chemin en équipe nationale, j´ai eu la chance de connaître quelques joueurs en équipe Suisse, donc je pouvais déjà parler avec ceux-ci ce qui fait que mon intégration a été très facile. Surtout aussi qu´à l´école j´avais appris l´allemand, je suis quelqu´un qui aime bien les langues. Ça s´est fait assez bien, j´ai emmené quelque chose de nouveau de par mon caractère dans cette équipe et heureusement, les gars ont aimé ça, ma façon d´être aussi. Jusqu´à présent ça se passe bien.  

Cela fait 7 ans que vous êtes professionnel. Quelle est la différence avec votre temps où vous étiez amateur  et maintenant?
Je dirais que quand on est amateur, on joue avec ce plaisir, on vient sans contrainte. C´est vrai qu´en tant que professionnel, que ça soit dans les schémas de jeu, dans le système, tu joues toujours avec ce plaisir mais plus comme tu aurais envie de le faire comme étant amateur. Là on te donne un système à suivre et tu dois le suivre. Tu es payé pour le faire. Pour moi c´est vraiment ça la différence. Aussi concernant les entrainements, on s´entraine beaucoup plus, on a plus de déplacements, on a aussi des activités extra-sportives auxquelles on est obligé de participer et toujours donner une bonne image.

J’ai dû constater que les Africains ou les personnes d´origine africaine ne sont pas trop présentes dans les patinoires du Hockey sur glace. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi cela ? Êtes-vous satisfait de votre saison et quels objectifs vous fixer vous pour la prochaine ?
C´est vrai il n´y a pas énormément de joueurs africains ou d´origine africaine dans les patinoires. Maintenant ça monte un peu. Parce que je me rappelle quand je commençais il y en avait vraiment peu. À un moment dans la ligue, il y a deux ou trois années en arrière, dans une équipe il y en avait 3 et moi dans une autre équipe. Ce qui fait qu´en totalité dans la ligue, on était 4, il y avait aussi un métis. Pour moi c´était une grande surprise vu que chaque fois j´étais seul.  Maintenant de nouveau je me trouve tout seul dans la ligue mais j´ai vu derrière moi il y a pas mal de jeunes qui arrivent. Il y a en a un à Lugano qui est d´origine congolaise et qui va commencer cette saison en tant que professionnel. Un autre à Genève, un autre aussi à Zürich qui joue avec la deuxième équipe de ZSC Lions. Gentiment c´est des plus jeunes que moi et je trouve tout ça cool quoi. Sinon il y a pas mal de métis ou mélangés qui y sont aussi. Le hockey commence à devenir multiculturel et je trouve tout cela cool.

Comment est-ce qu´on peut expliquer cela, le fait qu´il n’y ait pas beaucoup d´Africains qui s´intéressent à ce sport. Est-ce dû au fait qu´en Afrique noire il n´y ait pas de neige (excepté en Afrique du Sud)  et qu´ils n´y sont pas trop habitués et que c´est arrivé ici que la majorité découvre ce sport? Je pense que c´est aussi ça, mais il y a aussi un petit blocage que certains ont en se disant la glace c´est pas pour nous. On est Noir ou quoi que ce soit, c´est pas fait pour nous. On a l´habitude des sports comme le football, le basketball et autres. Et je pense peut-être que pour ces gens-là qui sont en Suisse, ils sont peut-être effrayés et se disent ce sport n´est pas fait pour moi ou j´y arriverais pas ou bien les gens vont mal le prendre, ou bien les coéquipiers vont mal te voir et te dire ce n´est pas ton monde. Je me suis toujours dis si tu te sens bien dans quelque chose il faut y aller. Je pense qu´il y a pas mal de sports que ça soit même au basketball, au début c´était un « sport de Blancs » et après on a tous vu, le monde a fait que ça change un peu. Concernant le hockey, je pense, après je n´ai pas dit que d´ici quelques années il y aura beaucoup plus de Noirs, mais c´est clair que si les gens acceptent et se disent j´aime ça je fais ça, il y en aura plus. Il ne faut pas oublier que c´est un sport qui est aussi cher, que ce soit l´équipement et tout c´est pas mal cher et plus cher que le football par exemple. Ceci peut aussi souvent décourager certaines personnes.  

Quel conseil donneriez-vous à un jeune Africain qui aimerait se jeter dans la pratique de ce sport et évoluer plus tard comme vous à ce niveau ?
Je lui dirais qu´il faut travailler, qu´il ne faut pas s´arrêter à de simples barrières comme se dire par exemple ce n´est pas pour moi, j´y arriverai pas. Ceci parce que je connais quelques amis Africains qui avaient commencé et puis ils se sont dit, ce n´est pas pour moi, je ne me sens pas à l´aise, ils se sont découragés et ils ont arrêté. Me concernant, j´ai toujours grandi avec tout le monde autour de moi, que ce soient les Blancs, les Noirs ou tous autres. Je n´ai vraiment jamais trainé qu´avec des Africains, j´ai été vite habitué au fait d´être toujours le seul Noir. Je n´ai jamais pensé à me dire, ce n´est pas mon monde, j´ai toujours fait ce que j´ai eu envie de faire. C´est un peu ma pensé dans la vie. Pour un jeune il faut y aller, si tu veux faire ça tu y vas et personne ne va t´arrêter.

Nous arrivons au terme de notre entretien. Un dernier mot pour les fans du magazine Afrique Opinion ?
En tout cas je suis très content d´avoir découvert ce magazine. J´espère aussi pouvoir le lire et découvrir d’autres personnes africaines ou d’origine africaine qui ont un talent dans le sport aussi ou autres domaines et où je ne me serais jamais dit ah il y a des Africains aussi. Je trouve ça cool de pouvoir découvrir des gens qui ont une passion et qui la partagent. Je suis toujours intéressé par le parcours des gens et de savoir par quoi ils sont passés, les difficultés qu´ils ont rencontrées et comment ils ont survécu à ces difficultés. Donc je suis très content de pouvoir lire ce magazine.

Merci Dave, bonne chance pour la suite et à bientôt sur Afrique Opinion.
Merci à vous.                                                                                                                                                                                                    

Propos recueillis par Merlin Tchouanga