« Comme je vous dis, la première des dispositions est qu´il faut avoir un grand moral »

Âgé de 49 ans, le Professeur Lambert Sonna, originaire du Cameroun, Fondateur et Président Directeur Général de Global ID SA, vient de mettre sur pied une nouvelle technologie d´identification basée sur la reconnaissance des veines du doigt en 3 dimensions. C´est dans son bureau à l´Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne qu´il a bien voulu s´ouvrir à votre magazine et nous en dire un peu plus sur son parcours et sur cette innovation. Lisez plutôt.

Bonjour Prof. Lambert Sonna, bienvenue sur le magazine Afrique Opinion. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs s´il vous plaît?

Oui bonjour, moi c´est Lambert Sonna, je suis le Fondateur et CEO (Directeur Général, ndlr) de la startup Global ID SA basée à l´EPFL (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, ndlr). Sinon bien avant la création de cette startup, je suis à la base Informaticien, Ingénieur en sécurité informatique. J´ai un doctorat en cyber sécurité, je suis Enseignant, auteur de plusieurs articles,  d’un livre sur les tableaux de bord intelligents,  d’un brevet d’invention délivré par l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI, ndlr) et de deux brevets en étude. J’ai dirigé plusieurs projets de recherche, dont le plus important a permis avec d’autres chercheurs de différentes universités Suisses de développer une nouvelle technologie d’identification des personnes par les veines  du doigt en 3D. Notre scanner marche même avec les gangs chirurgicaux. D’ailleurs, 5 scanners sont actuellement en test à l’hôpital cantonal du Jura. Cette technologie robuste a plusieurs applications, allant de la sécurité intérieure, du contrôle des frontières, de l’accès au dossier patient, à la sécurisation des transactions financières, bref partout où on a besoin d’une identification fiable.

Cela fait pratiquement 25 ans que vous êtes installé en Suisse. Pouvez-vous nous parler de votre intégration en Suisse et au sein de l´EPFL.

Quand j´arrive ici il y a environ 25 ans, c´est à l´EPFL que j´atterris exactement. Je veux dire que tout s´est très bien passé. C´est vrai que ça n´a pas toujours été facile, on rencontre quand même toujours des obstacles au cours du parcours. Ce n´est pas facile quand on vient d´Afrique et en hiver on atterrit dans un environnement comme celui-ci. On doit trouver des ressources nécessaires pour pouvoir s´imposer, pour pouvoir traverser tous ces obstacles. Mais je dirais que c´était les difficultés de tous les jours. Il n´y avait pas de difficultés particulières. Ces difficultés étaient d´abord liées au changement d´environnement, au contexte économique. Quand on part du Cameroun pour la Suisse, il y a quand même un contexte économique vachement différent, il faut l´avouer. Mais toujours étant, j’ai eu l´énergie nécessaire pour pouvoir faire exactement ce qui m´a amené ici et je l´ai fait. Pour moi le bilan est plutôt très positif.

Et qu´en est-il de vos rapports avec vos collègues ?

Jusqu´à présent tout s´est très bien passé. C´est vrai que ça ne peut pas avoir été toujours parfait durant toutes ces deux décennies et plus. Ce sont des rapports qu´on trouve partout, il  n´y a pas eu d´incidents particuliers avec mes collègues. Tout se passe très bien.   

Revenons à vos difficultés rencontrées. Comment les avez-vous surmontées ? 

Je dirai que quand on rencontre une difficulté il ne faut pas baisser les bras dès le départ parce que le fait d´être endurant, résistant, de toujours espérer, de croire en soi, de croire en ce que l´avenir nous réserve, de croire en ses objectifs est déjà une réussite. C´est déjà un moyen de surmonter ces difficultés-là. Ceci dit, je croyais toujours en ce que je faisais, je savais que ce qui m´avait emmené ici en Suisse était premièrement mes études et tant que j´avais des obstacles qui n´étaient pas forcement liés à m´empêcher de suivre ces études, alors je me bâtais de les surmonter avec tous les moyens que je pouvais mettre à ma disposition. Comme je vous dis, la première des dispositions est qu´il faut avoir un grand moral.    

Vous avez dit tout au début que vous êtes CEO de Global ID SA ? Avec cette startup, vous avez mis sur pied très récemment une méthode d’identification basée sur la reconnaissance des veines du doigt en 3D. De quoi s´agit-il exactement ?

La reconnaissance basée sur les veines du doigt en 3 dimensions est une nouvelle technologie d´identification que nous avons développée. Ceci a été mis sur pied dans une collaboration entre l´EPFL, l´IDIAP Research Institute et la HES SO Valais/Wallis. Cette technologie consiste à développer un scanner et les algorithmes de reconnaissance qui utilisent ce scanner afin de pouvoir enregistrer une personne avec ses éléments morphologiques, ici ses veines. Afin de pouvoir identifier plus tard cette personne, c´est-à-dire si on reprend la veine de cette personne et on la compare avec ce qui avait été enregistré avant, on peut dire si c´est la bonne personne ou pas.

Comment s´assurer que cette méthode d´identification est fiable  et qu´en est-il de la protection de la sphère privée puisqu´il s´agit quand même de l´enregistrement des données privées?

D´abord nous utilisons des techniques de pointe, c´est à dire les techniques les plus fiables pour le moment au monde. On travaille avec des laboratoires de référence, des personnes de référence, nous-mêmes nous sommes des références. Ceci dit, on a développé nos protocoles propres. Qui dit protocoles propres, ce ne sont pas des protocoles standards parce que les protocoles standards sont connus de tous et on peut dire qu´il y a des failles. Ceci dit, nous avons développé des algorithmes propres à ce projet qui permettent de pouvoir faire la reconnaissance d´une personne sans jamais entrer en contact avec les données de cette personne. C´est dans ce sens que nous parlons de la protection de la sphère privée. Concrètement dit, on permet de reconnaitre  une personne X ou Y sans jamais connaître les informations liées à cette personne. 

Alors c´est tout nouveau cela…

C´est tout nouveau et unique.

Justement parlant de tout nouveau. Vous êtes originaire de l´Afrique, du Cameroun particulièrement. Envisagez-vous un transfert de cette nouvelle technologie en Afrique ? Si oui comment ?

Oui bien sûr on envisage. C´est clair que l´Afrique ne peut pas être oubliée dans ce type d´innovation. Ce qui fait que nous sommes actuellement en partenariat avec un très grand intégrateur, un géant Français du nom d´ATOS qui est le numéro un mondial dans la digitalisation, la sécurité numérique et qui actuellement est chargé d´intégrer cette technologie et de la présenter un peu partout dans le monde. Ce partenaire est très bien installé en Afrique, c´est un partenaire de confiance et je suis très persuadé qu´ensemble, nous pouvons aisément pénétrer le marché africain et proposer les services d´identification de dernière génération aux États, gouvernements, institutions et aux organisations.

Est-ce que cette nouvelle technologie ne va pas coûter cher à ces États, gouvernements, institutions et organisations ?

Oui mais ce qui est contraire à ce qu´on pouvait penser est que c´est nouveau tout d´abord mais comparé à ce qui est fait et proposé sur le marché actuellement, la technologie est bon marché. C´est ce qu´il y a quand même de surprenant. Bon marché pourquoi, parce qu´au départ, cette technologie a été pensée robuste, elle supporte de hautes températures (-60 °C à +60°C), elle supporte la poussière, donc facile à maintenir, elle supporte toute sorte d´intempéries qu´on peut rencontrer en Afrique. Ce qui fait qu´on part déjà avec une grande longueur d´avance sur d´autres technologies qui ont été développées pour une utilisation optimale dans les pays industrialisés, mais qui ne répondent pas aux contextes socio-économiques du continent africain. Donc ayant pensé à ceci dès le départ, il y a un facteur d´avance qu´on a et qui pourrait jouer considérablement sur les coûts d´acquisition.

Quelles sont vos hobbies ?

C´est vrai que je n´en ai pas beaucoup. J´aurais aimé avoir un peu plus mais c’est le temps qui fait défaut. Pour dire la vérité, ce que j´ai comme hobby actuellement, c’est la marche avec ma fille. On marche les samedis et dimanches, c´est une habitude.

Nous arrivons à la fin de notre entretien. Professeur Lambert Sonna, que conseilleriez-vous à un jeune qui aimerait suivre vos pas ?

Ce que je pourrais donner comme conseil à un jeune c´est d´abord l´écoute. C´est très important d´écouter les conseils donnés par les ainés. Ceci permet d´avoir une longueur d´avance sur certaines choses, ça permet aussi d´éviter même sans s´en rendre compte certains obstacles par lesquels ils sont passés. L´écoute pour moi est un facteur clé du succès. Après l´écoute, il y a les objectifs. Il faut se rassurer à chaque moment qu´on n´est pas en train de s´écarter de ses objectifs fixés quel que soit le domaine. Se poser toujours la question de savoir ce qu´on peut faire pour se rassurer qu´on suit ces objectifs-là et surtout croire en ces objectifs. Quand on y croit et qu´on se rassure à tout moment, on finit toujours par les atteindre.

Un dernier mot pour le magazine Afrique Opinion et pour ses lecteurs…

J´ai beaucoup apprécié cette initiative, je suis très sûr que ce magazine ira très loin et j´exhorte vraiment toutes les bonnes volontés à encourager ce jeune magazine pour que d´ici quelques années, Afrique Opinion soit une référence sur le plan national ici en Suisse et même pourquoi pas au-delà.

Merci Prof. Sonna et à bientôt sur Afrique Opinion.

Merci beaucoup.

Propos recueillis par Merlin Tchouanga