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Thierry Giugni, notre Major Africain de l’armée Suisse

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Nous allons vous présenter un domaine qui n’est pas déjà couvert par notre magazine: l’armée. Oui, nous sommes allés chez Thierry Giugni, cet officier majeur de l’armée suisse. Il vit à Monthey en Valais et il a voulu s’ouvrir à vous. Il aborde sans complaisance et avec une authentique simplicité, donc lui seul connaît les secrets, les différentes questions sur sa formation, sa carrière dans l’armée suisse, sa vie de famille et ses loisirs.

Bonjour Thierry. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs s’il vous plaît?

Bonjour, je suis Thierry Giugni, j´ai 46 ans, marié et père de 3 enfants (une fille de 18 ans, un garçon de 13 ans et un autre de 9 ans). Je suis Suisse d´origine Ivoirienne, habitant à Monthey. Cela fait 20 ans que je travaille pour l´armée suisse. Je suis Officier de carrière, ce qui veut dire que je suis Instructeur dans l´armée suisse. J´ai quitté la Côte d´ivoire depuis 1992 pour la France où j´ai fait mes études. J´ai une formation en Commerce International et Finances, sanctionnée par un Master à l´Université du Havre en 1998. Parallèlement à mes études, je venais régulièrement en Suisse pour faire mon service militaire et c´est comme cela que j´ai été pris dans l´engrenage de l´armée suisse.

Vous êtes Major aujourd´hui dans l´armée suisse, comment arrivez-vous à ce grade ?

Exactement je suis Major depuis 2008 et j´aspire à devenir Lieutenant-Colonel et j´espère que cela pourra se faire dans les deux prochaines années.

Pouvez-vous nous expliquer exactement comment vous vous retrouvez dans l´armée Suisse et à ce grade aujourd´hui ?

Je dirai que c’est une coïncidence car j’ai dû renouveler mon passeport suisse une fois quand j’étais étudiant en France, parce que je suis né suisse, et là ils m’ont dit que ce serait intéressant pour moi de faire mon service militaire avant de revenir en Suisse et cela serait réglé. Quelque chose que j’ai respecté et à l’été 1992, je me suis retrouvé pour la première fois de ma vie en Suisse en venant faire mon service militaire. J’arrive à Genève, puis je pars pour Colombier près de Neuchâtel où je commence mon école de recrues. Cette première étape pour moi était juste de passer l’été et aussi en tenant compte des conseils que j’avais reçus, puis je me suis rendu compte que les séjours en Suisse me permettaient de financer mes besoins étudiants en France; et c’est comme ça que j’ai continué à classer, je suis passé au grade de caporal et de là quand j’ai payé mes galons comme on dit ici (mon service pratique de caporal), ils m’ont proposé de devenir lieutenant. Là j’ai réfléchi un instant avant de dire oui car ce n’était vraiment pas dans mes plans et le colonel en question, il avait réussi à me convaincre et là j’ai accepté d’aller à l’école des officiers. J’ai donc commencé l’école d’officier le 2 janvier 2000 à Chamblon dans le canton de Vaud.

Quel est votre rapport avec vos collègues militaires?

En général, je dirais que les relations avec mes collègues, mes subordonnés avec lesquels je travaille se portent très bien. Avec les leaders, on dira qu’il y a un peu plus de distance car c’est la hiérarchie mais en général ça va aussi bien. Bien sûr, comme tout le monde, j’ai eu le hoquet, des déceptions au cours de mon voyage, et j’ai quand même réussi à me lever. Maintenant, avec le recul, je crois que certains de ces écueils se retournent un peu parce que tous mes promoteurs sont maintenant au grade de lieutenant-colonel ou de colonel. J’aspire aussi à avoir ce rang que je mérite.

Pour en revenir à ces écueils ou hoquet, pouvez-vous nous dire ce qui vous a le plus touché ou marqué positivement ou négativement, depuis votre entraînement militaire jusqu’à maintenant?

Oui, j’ai deux choses qui se sont démarquées pour moi. Le premier est ma fonction de commandant de compagnie. J’ai été commandant de compagnie dans une compagnie du quartier général pendant six ans. C’était vraiment six belles années où j’avais des subordonnés qui m’acceptaient tel que j’étais, certains qui étaient fiers d’avoir un capitaine d’origine africaine, des gens avec qui je m’entendais bien. Ce cours m’a vraiment marqué. La deuxième chose qui m’a aussi marqué est le fait que j’ai représenté la Suisse à l’étranger où j’ai eu la chance de m’engager pour un an au Mali, à Mopti au centre du Mali. où j’étais l’officier de liaison entre la MINUSMA (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali, ndlr) et les partenaires que nous avions dans la région, à savoir l’armée malienne, le Sahel: la Mauritanie, le Mali, le Burkina-Faso, le Niger et le Tchad et la propagation sur 5 097 338 km²) et l’opération Barkhane (opération militaire menée au Sahel et au Sahara par l’armée française, ndlr). Pour moi, c’est la meilleure expérience militaire à laquelle j’ai eu à faire face et c’est l’armée suisse qui m’a donné cette opportunité.

Quelle était exactement votre mission à Mopti?

Ma mission principale était comme je l’ai dit ci-dessus en tant qu’officier de liaison principal, c’est-à-dire. que je garantis le lien entre mon général, le commandant de la Force et les partenaires pour quelque besoin que ce soit. Je m’étais parfois retrouvé en visioconférence entre New York et Mopti où nous parlions du financement du G5 Sahel. Vous aviez vraiment besoin d’un représentant de la MINUSMA pour écouter ce qui se disait et faire rapport aux supérieurs. Lorsqu’il y avait des opérations qui devaient être menées par la MINUSMA dans la région, je devais garantir que ces missions pourraient se dérouler sans problème avec ou sans nos partenaires maliens. J’ai profité des contacts pour fournir des informations générales sur ce qui allait se passer tout en m’assurant que tout le monde comprenait les objectifs afin qu’il n’y ait pas de pièges dans les différentes opérations.

Je crois qu’en dehors de l’armée, vous faites autre chose, que vous avez des passe-temps. Que sont-ils ?

Oui, en effet, je fais autre chose. Parfois je me dis que j’en fais trop, ma femme me le dit aussi. Je suis également officier de tir, ce qui signifie que je vérifierai dans les champs de tir que tout est bien organisé et que tout se passe correctement pour les citoyens suisses qui ont des obligations de tir. J’ai donc 4 champs de tir à vérifier sur un an que je fais régulièrement; mais là, à cause du COVID19 cette année, nous avons été un peu ralentis. C’est toujours intéressant de voir quand je me présente, je suis l’officier de tir, la première fois que quelqu’un m’a regardé un peu étrangement, c’est un officier de tir…? (Des rires). Dans les yeux j’ai vu… qu’est-ce qu’il fait ici, cet homme noir, un tireur…. Sans que ce soit mal quoi, ce fut la surprise pour certains d’entre eux. En plus de cela, je suis également entraîneur de football au FC Monthey. Aujourd’hui encore je viens d’obtenir mon diplôme de coaching C (Entretien réalisé le 21 août 2020, ndlr), ce qui me permet de former des jeunes de 10 à 20 ans. Demain je ferai mon diplôme D pendant deux jours pour pouvoir former des jeunes de 5 à 10 ans. J’aurai donc l’éventail des jeunes de 5 à 20 ans. Je suis l’entraîneur d’une équipe junior junior de 8, 9, 10 ans, pourquoi, parce qu’un de mes fils appartient à cette équipe. En gros, c’est ce que je fais à côté de ma carrière de soldat professionnel. Je suis l’entraîneur d’une équipe junior junior de 8, 9, 10 ans, pourquoi, parce qu’un de mes fils appartient à cette équipe. En gros, c’est ce que je fais à côté de ma carrière de soldat professionnel. Je suis l’entraîneur d’une équipe junior junior de 8, 9, 10 ans, pourquoi, parce qu’un de mes fils appartient à cette équipe. En gros, c’est ce que je fais à côté de ma carrière de soldat professionnel.

Que diriez-vous à un jeune homme d’origine africaine qui aimerait devenir soldat comme vous aujourd’hui?

Je vais lui dire allez-y, allez-y, accrochez-vous mais soyez prudent car le chemin est parfois semé d’embûches. Vous devez vous accrocher et avoir votre objectif en tête. Ce qui est important, c’est de savoir où vous voulez aller. Et c’est aussi pouvoir avoir des collaborateurs respectivement des partenaires avec qui travailler tout en restant soi-même. N’essayez pas d’être quelqu’un d’autre, sachant d’où vous venez, d’origine africaine. Et il est tout aussi important que vos collègues sachent que vous êtes d’origine africaine, mais intégré dans la société.

Avez-vous autre chose à partager sur cette plateforme ou avec les lecteurs d’Africa Opinion?

Je suis très heureux de m’exprimer à travers cette plateforme, j’étais très heureux de vous rencontrer Merlin, je vois que la communauté africaine est toujours présente dans le Chablais et c’est vrai, je me dis parfois que malheureusement nous sommes un peu dispersés, nous ne le faisons pas avoir l’opportunité de se rencontrer souvent et de pouvoir partager nos expériences et parcours de vie afin d’encourager les jeunes filles et garçons qui arrivent en Suisse pour une meilleure intégration. J’aimerais continuer à vous suivre, à collaborer avec Afrique Opinion, un magazine que je trouve très intéressant.

Merci Thierry Giugni pour le temps accordé à notre plateforme et à très bientôt.

C’est moi qui vous remercie et bonne chance pour la suite.

Interview de Merlin Tchouanga

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