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Lifteam Romandie, fer de lance helvétique d’une diplomatie du bois tropical

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Dans un monde où la lutte climatique s’entrelace aux quêtes de souveraineté matérielle et de justice équilibrée Sud-Nord, une PME suisse-romande trace, par le truchement du bois, une voie inédite. Lifteam Romandie, pôle travaux opérationnel du groupe CBS-CBT, érige le génie constructif suisse en levier géopolitique discret, reliant le Léman aux savanes africaines, aux forêts guyanaises et malaisiennes. Par-delà les charpentes et les ossatures biosourcées, s’esquisse une refondation des échanges économiques et techniques, portée par des trajectoires afrodescendantes qui redessinent les contours postcoloniaux de l’innovation bâtie.

Un concepteur-constructeur helvétique tourné vers le monde avec son expertise bois

Implantée en Suisse romande, Lifteam Romandie constitue le pôle travaux d’un ensemble intégré qui réunit ingénieurs, industriels et charpentiers au sein du groupe CBS-CBT. L’entreprise prend en charge des macro-lots bois complets – charpentes de grandes portées, planchers et murs à ossature bois préfabriqués, bardages, toitures – pour des logements, des bâtiments publics et des équipements tertiaires à haute exigence environnementale.

Foyer pour l’Association des Sainte Famille à Renens | © Lifteam Romandie

La singularité du modèle tient à l’articulation étroite entre recherche, ingénierie et mise en œuvre : la devise du fondateur Jean-Luc Sandoz « plus d’ingénierie, moins de matière » résume une quête de frugalité constructive, où l’optimisation structurelle, le recours à des matériaux biosourcés locaux et la préfabrication industrielle visent à réduire l’empreinte carbone autant que les aléas de chantier.

Pensés d’abord pour le contexte européen, ces systèmes constructifs low-tech obtenus par vissage plutôt que collage pour réduire le besoin capitalistique, sont conçus pour être adaptés à d’autres latitudes, moyennant un travail de transposition aux essences locales, aux climats tropicaux et aux capacités des filières régionales.

D’une Gironde pionnière à la Suisse, la trajectoire d’Audrie Nollet

Au cœur de cet édifice technique, des trajectoires individuelles donnent chair à la mondialisation du bois. Celle d’Audrie Nollet, originaire des Caraïbes, éclaire de manière singulière cette circulation des savoirs. Au sein du groupe CBS-CBT, elle construit Pôle territorial de solidarité (PTS) de Langon, en Gironde, bâtiment public exemplaire conçu par l’agence ABF-LAB pour le Département de la Gironde, associant structure bois, isolation en paille, enduits terre et chaux directement sur la paille, briques de terre crue et bardage en bois brûlé.

Audrie Nollet, Lifteam Romandie et Yasmina Sandoz, CBS-CBT, au FBC25 | © Michel Laurent

Ce projet, souvent cité comme l’un des emblèmes d’une architecture « 100% biosourcée et géosourcée », démontre la possibilité de fabriquer des équipements publics à très faibles émissions carbone, dans un climat tempéré, en mobilisant des matériaux et savoir-faire susceptibles d’être transposés, sous conditions, aux régions tropicales. Recrutée en 2025 par la filiale suisse Lifteam Romandie, Audrie Nollet participe à des opérations de logements de standing puis à la réalisation d’un foyer et d’une crèche à Renens, Canton de Vaud en Suisse, tout en nouant un dialogue avec l’architecte ivoirien Désiré M’Bengue pour esquisser les contours de futurs projets bois sur le continent africain, ambitionnant parallèlement le déploiement de la philosophie du groupe dans la zone caribéenne.

L’extension Techno : POLUX et IDUBE : l’ingénierie des réseaux africains

Le groupe CBS-CBT excelle également dans le domaine des infrastructures. La technologie POLUX, mise au point pour le contrôle non destructif des poteaux bois de lignes électriques et télécoms, est l’une des incarnations les plus abouties de cette ingénierie suisse appliquée à l’infrastructure. En mesurant in situ densité et humidité des supports de ligne, l’appareil permet d’estimer la résistance résiduelle de chaque poteau, de programmer les inspections et de limiter les remplacements prématurés, avec des gains substantiels en coûts et en sécurité.

En Afrique du Sud, François Fourie de la société IDUBE a fait de cette technologie un pilier de la maintenance préventive des réseaux aériens dans un contexte de forte pression sur les infrastructures, appelé à s’étendre à d’autres pays de la région comme le Kenya et la Namibie.

Cette coopération, où l’innovation helvétique devient un outil de rationalisation des politiques de maintenance africaine, illustre une forme de « diplomatie technique » : la Suisse exporte un instrument de diagnostic, les services publics africains en tirent une prolongation de la durée de vie de leurs équipements, tout en différant des investissements lourds dans le renouvellement des réseaux. Polux est également présent chez ENEO au Cameroun et SENELEC au Sénégal.

Guyane, Malaisie, Afrique : vers une Ceinture tropicale du biosourcé intégré

Avec Arnaud Maignant du bureau d’ingénieurs CBS Canopée et notre confrère Franck Brasselet de JAG – Jungle Architecture Group, la Guyane française offre un laboratoire grandeur nature des potentialités du bois et de la terre crue dans les climats équatoriaux. La halle sportive de Papaïchton et les bureaux du CNES, tous deux réalisés entièrement en bois local avec l’utilisation de multiples essences pour favoriser la biodiversité, et optimiser les performances des bois selon ses applications, avec notamment l’Angélique le plus utilisé, mais aussi l’Ebène verte (le teck local), le Balata, le Gonfolo et bien d’autres, en sont des illustrations parlantes, combinant essences tropicales gérées durablement et conception bioclimatique. Ces réalisations intègrent les systèmes structuraux des gammes Ariane, en treillis vissés renforcés par inserts en contreplaqué haute performance, et Dalles O’Portune, planches bois vissées préfabriquées en prédalle, légères et très rapides à poser.

Arnaud Maignant de CBS Canopée sur le site du CNES | © CBS Canopée

Les dynamiques guyanaises rejoignent, par d’autres chemins, les principes défendus par l’ingénierie bois européenne : valorisation des ressources locales, limitation des importations carbonées, reconquête de savoir-faire artisanaux, valeur ajoutée crée localement.

Plus à l’est, la Malaisie, autre puissance forestière tropicale, engage elle aussi, un mouvement de fond pour faire du bois tropical certifié un matériau de construction à haute valeur ajoutée, dans un effort de conjugaison entre économie d’exportation, gestion durable des forêts et montée en gamme architecturale.

Entre Guyane, Malaisie et continent africain, se dessine ainsi la possibilité d’une « Ceinture tropicale du biosourcé », où le bois et la terre pourraient constituer les piliers d’une transition climatique contextualisée, à condition de structurer des filières industrielles locales et de former sur place, les ingénieurs, artisans et charpentiers appelés à en devenir les acteurs centraux.

Dans ce paysage en recomposition, le groupe CBS-CBT dessine une coopération biosourcée autour du bois où savoir-faire helvétiques, technologies innovantes et expertises fusionnent pour inventer un modèle constructif partagé, reliant Afrique, Caraïbes, Guyane, Malaisie et Europe dans une ambition commune de sobriété et de résilience planétaire, en marche vers la neutralité carbone et la consolidation socio-économique des tissus humains locaux.

« Aujourd’hui, un euro ou un dollar investi dans les pays du Sud, et notamment en Afrique, a un potentiel d’impact et de création de valeur particulièrement élevé. Ces régions, portées par une richesse en ressources naturelles et une dynamique humaine remarquable, offrent des conditions favorables pour bâtir des modèles de développement durables et souverains », explique Yasmina Sandoz, administratrice du groupe CBS-CBT.

 

Reportage de Merlin Tchouanga

 

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